Antiquaire de marine

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antiquités de marine

jeudi, juillet 23, 2015

Association culturelle de la réparation navale marseillaise




   Association Culturelle de la Réparation Navale


scaphandrierPort autonome de Marseille
Boulevard des bassins de radoub, forme 7
13 002 Marseille
Exposition permanente gratuite, ouverte sur réservation le mardi et samedi après-midi de 14h à 17h
Tél/Fax : +33 (0)4 91 98 81 67
Responsable : Robert Ravetti (président)
Il existe à Marseille, au bord du Bassin de Radoub, en plein coeur du Port Autonome, un lieu dédié à tout un pan de l'histoire industrielle et maritime de la Cité phocéenne, à la mémoire des métiers et des hommes de la réparation navale.
Discret, mal indiqué et méconnu de la plupart des marseillais, dénicher cet endroit relève de l'épopée... Nul panneau, nul drapeau n'affiche fièrement la présence de ces "rescapés du Bounty".
"Vous, vous êtes des courageux!", nous diront à notre arrivée Robert Ravetti, Président de l'association et Robert Obier.
Ce sont ces deux anciens travailleurs de la réparation navale qui seront nos guides et feront revivre pour nous leur activité le temps d'une visite.“Ici, ce n'est pas un musée! Nous sommes une association qui abrite une exposition dédiée à l'histoire, aux techniques et à la mémoire de la réparation navale sur notre ville et notre région” ne cesseront-ils de nous répéter chaque fois que nous aurons le malheur de prononcer le mot musée.
Association ou musée, c'est bien un lieu de conservation de l'histoire de Marseille,  ville tournée vers la mer, qui vécut autrefois de son port et de ses activités maritimes. L'industrie navale a longtemps été l'un des poumons de la ville, employant près de 6000 marseillais jusqu'au milieu des années 70, avant la fermeture de la plupart des ateliers et le net ralentissement de l'activité.
Face à la crise et afin de soutenir les nombreux employés réduits au chômage, une poignée d'entre eux créent alors une mutuelle de gestion des primes de licenciement.
C'est à cette même poignée d'hommes qu'est apparue comme une évidence qu'il fallait conserver le patrimoine de l'industrie navale et l'exposer sur les lieux même des chantiers. C'est donc en 1981 qu'est créée l'Association Culturelle de le Réparation Navale (l'ACRN) par onze anciens de la réparation navale. L'association se donne alors pour objectif de rassembler, collecter les outils, machines, photographies, archives racontant l'histoire de ces métiers.
Outre l'exposition permanente, l'association met aussi à disposition un fonds d'archives conséquent, couvrant l'histoire du Port Autonome, des bateaux, des techniques de la réparation navale mais aussi des luttes ouvrières. L'association propose également une revue de presse, tenue à jour et dispose d'un fonds iconographique assez large.Dès le seuil franchi, c'est saisis d'une émotion qui nous ramène à l'enfance, que nous déambulons, ralentissant le pas dans cet espace de poésie élémentaire où s'élèvent entre sueur et carbone, pistons et hélices, des mécaniques organiques de mélodies depuis longtemps en sommeil.
L'exposition constituée de maquettes “faites maison”, de pièces récupérées çà et là sur les chantiers comme la cabine de cette Grue Titan, ou de dons comme l'un des tous premiers moteurs Baudouin en bronze, datant de 1918, s'étend sur 400m2 et s'organise autour de trois salles thématiques.
La première salle est conçue comme une machine à remonter le temps: de la Marine en bois et ses techniques anciennes de calfatage pour assurer l'étanchéité de la coque des navires, de la barque marseillaise jusqu'aux monstres d'acier nés du rivetage et de la soudure.
Tout connaître de l'entretien des navires, de l'évolution des techniques et des outils de sablage pour délivrer la tôle des algues et coquillages. Tout savoir de la peinture des bateaux et s'imaginer en fourmi minuscule redonnant vie et couleur à un bâtiment haut comme vingt mille pommes.

La seconde salle, halle aux merveilles, regorge d'objets qui font la fierté de nos guides. Maquettes de bateaux, mises en scènes des actions de réparation, moteurs grandeur nature, s'animent tour à tour.
Ces maquettes, véritable travail d'orfèvre, d'horloger, ont été créées par le temps, la passion et la maestria d'un ancien des chantiers.
Elles représentent les grands actes et acteurs de l'industrie navale, les bateaux bien sûr et leur mise en "cale sèche" dans les diverses formes du Bassin de Radoub. Elles décrivent les opérations chirurgicales de "Jumboïsation" des ferries, qui consistent à agrandir un navire puis raccorder ses conduits, ses câblages électriques, comme on greffe un membre.
Elles évoquent le calme imposant des mastodontes, pétroliers à simple coque mais aussi le sifflement des hélices d'une machine à vapeur ou le vrombissement de ce moteur Provence Doxford réalisé par les Chantiers et Ateliers de Provence.En chemin on croisera un scaphandre ancien semblant tout droit sorti du "Secret de la Licorne". On restera planté au pied d'un large cliché du "Port-Vieux", datant du Second Empire, on se perdra dans le pelle-mêle des pistons, soupapes, culasses, injecteurs, arbres à cames, pompes bielles, grattoirs, limes, cisailles, emporte pièces, alésoirs et autres tire bourre pour déloger l'étoupe. 
Et puis le clou du spectacle: ce Moteur à vapeur du ponton grue La Samsonne, véritable monstre de fer, à même de lever des blocs de cinq-cents tonnes. Un vrai, haut de presque trois mètres, qui se met en branle sous nos yeux ébahis et apeurés.

Vient enfin la troisième salle consacrée au travail de création et de réparation des hélices aux dimensions pharaoniques. on nous décrit les différentes phases et techniques de fabrication, à partir d'un moulage en fosse ou avec cerclage, avant que résonnent les temps de la coulée, du démoulage, de l'usinage...

"C'est ici qu'a été réalisée l'hélice du paquebot France!" clame Robert Ravetti, et de nous raconter que "Pour une hélice de plus de 60 tonnes, c'est 80 tonnes de coulée et 800 tonnes de poids de charge, pour la pression, cela correspond à un mois de travail", alors on écoute et on se fait minuscules.
Notre voyage entre grandeur et décadence touche à sa fin; et les plaies à panser se ré-ouvrent, la peur de l'oubli, la fièvre du zinc, les tourments de l'amiante, dont on faisait les gants, couvertures et autres panoplies des trimeurs.L'histoire des luttes et des revendications syndicales sera évoquée avec pudeur. Pas de larmoiement, juste le ton digne des anciens qui pleurent leurs morts à l'écart du bruit des autres. Pas question pourtant d'enterrer la mémoire de ces lieux.

Alors se pose la question de l'avenir de cette exposition, des priorités mais aussi des moyens pour assurer sa promotion et sa survie.
Et quand nous apprenons que nous somme les premiers visiteurs depuis plus de deux mois! Que les visites scolaires se sont arrêtes brutalement faute de moyens, il y a de ça deux ans, c'est la consternation qui nous envahit.
Comment est-il concevable que tout une pan de l'histoire de Marseille et sa région puisse être délaissé à ce point? Comment comprendre le si peu d'intérêt des marseillais pour leur patrimoine?
Sans la ténacité et le coeur de ces hommes, sans le soutien des pouvoirs publics ou d'un mécène qu'adviendra t-il de l'exposition dans les années qui viennent?
"Aujourd'hui on n'est plus que cinq, il faut trouver quelqu'un qui nous reprenne... Peut-être qu'on sera pris en considération, qu'on sera aidé, sinon il n'y aura pas de continuité..."

Reportage effectué par Ugo Chavarro / Résurgences
http://www.archives-films-paca.net/memoire-chantiers-navals/villes-en-chantier/chantier-naval-de-marseille/item/1017-reportage-association-culturelle-de-la-reparation-navale-marseille.html





http://www.quartiersdevie.org/spip.php?article269

http://www.radiobitume.org/#/spip.php?article45

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